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Olivier Vandecasteele, le courage de faire le choix du préférable

Ce 22 janvier 2023, journée de sentiments mélangés.

Cet après-midi, je ne me suis pas rendu au rassemblement pour appeler à la libération d’Olivier Vandecasteele. Non par indifférence, mais par sentiment de réserve car le rôle des politiques n’est pas de se donner bonne conscience en se mettant en évidence lorsque la douleur étreint au plus profond une famille, des amis et celles et ceux qui connaissent personnellement la victime d’une injustice qui bouleverse nos consciences. Avec modestie, la mission des politiques est de s’employer à répondre à cette détresse. Je n’ai aucun pouvoir de décision mais je peux exprimer ce qui me semble être nécessaire malgré un dilemme déchirant. Chacun y pense : faut-il accepter l’odieux chantage du régime iranien qui, peut-être, autorisera l’échange entre un innocent iniquement accusé et condamné pour des faits d’espionnage inventés de toutes pièces – accusation si diabolique toujours invoquée par les régimes autoritaires – contre un pseudo-diplomate, exécuteur des basses œuvres de ce régime dans nos pays européens et condamné par un Etat de droit pour des faits avérés de tentative d’attentat ?

Je crains qu’il n’y ait pas d’autre possibilité de sauver la vie d’Olivier Vandecasteele et que ce chantage s’impose à notre gouvernement comme l’unique issue d’un débat bouleversant.

Je sais : la première réaction est de crier qu’on ne peut céder à l’ignoble et qu’il faut mettre en œuvre tous les moyens de pression pour qu’Olivier Vandecasteele soit libéré. J’ose croire que les voies les plus diplomatiques ont été explorées et que l’appel à la raison a été étayé de toutes les manières possibles. Mais comment croire qu’un régime aux abois, qui a soif de l’illusoire satisfaction de l’emporter sur une Europe honnie pour ses libertés et sa longue construction pour le respect de la dignité humaine, puisse rejoindre, pour le moment, le camp de l’Etat de droit ? En cela, le gouvernement fédéral s’est trompé en pensant qu’il fallait habiller d’une apparence de droit, par un traité relatif aux procédures d’extradition et de détention réciproques, l’acceptation d’un tel échange. Comme si l’honneur serait sauvé en faisant croire que l’Etat iranien était digne de confiance dans la manière dont il ferait respecter une décision de justice belge en poursuivant dans ses geôles  –  immondes –  la détention d’un condamné iranien… La naïveté est parfois le cynisme de l’impuissance.

La naïveté est parfois le cynisme de l’impuissance.

Olivier MAINGAIN

Alors que faire?  Face à ce déchirement qui pousse certains à des bravades bien inutiles, il nous reste la recommandation d’un sage, Raymond Aron:  » Le choix en politique n’est entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable ». Le détestable est connu:  la mort certaine d’un homme innocent si les autorités ne tentent pas cet échange. Le préférable est incertain: sa libération contre celle d’un homme justement condamné. L’un sera sauvé en lui redonnant force de vie car pour toujours  innocenté et témoin de l’injustice la plus répugnante, l’autre sera libéré mais à tout jamais condamné et dernier serviteur d’un régime en sursis.

Il n’y pas de dilemme en définitive mais le courage de faire le choix du préférable qui nous rapproche du bien et nous éloigne du mal. Et qui nous invitera à faire preuve d’encore plus de courage pour être aux côtés d’une jeunesse iranienne, des pères et mères  qui défient un régime qui tombera tôt ou tard. Alors d’autres jugements pourront être prononcés dans ce pays, avec l’espoir que l’Etat de droit triomphe.

Olivier MAINGAIN

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